
CSA Ministériel JS, 5 février 2026
En 2023, la Roumanie a « embauché » une Intelligence Artificielle (IA) pour « conseiller » le Premier ministre dans sa volonté de transformer l’Etat.
En 2025, l’Albanie nommait une IA ministre pour qu’elle soit chargée de prendre les décisions d’attribution des marchés publics et limiter la corruption. Pas de chance, l’agence gouvernementale qui a créé l’IA (et l’a donc paramétré) est aujourd’hui accusée d’appartenir à une organisation criminelle soupçonnée de manipuler les marchés publics du pays.
« Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort », Elisée Reclus.
En janvier 2026, l’Inspection Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche (IGSER) mène une « Mission d’évaluation prospective des améliorations et simplifications possibles dans les complémentarités entre les champs jeunesse/vie associative et le champ sport », ce qui correspond pour faire simple à “qu’est-ce qu’on transforme et supprime à Jeunesse et Sports ?”. Là, rien d’inhabituel, nous venons d’affronter plusieurs missions identiques ces derniers mois qui ont amené l’intersyndicale à se manifester contre des propositions de l’Inspection Générale.
Si nous en parlons aujourd’hui, c’est que nous souhaitons dénoncer tout simplement que cette énième mission fait reposer son travail sur de l’IA ! C’est-à-dire que l’on donne un pouvoir ubuesque à une intelligence artificielle pour réfléchir au futur de Jeunesse et Sports, de ses missions, des métiers de ses agent-es.
En effet, dans la note envoyée aux hiérarchies, il est indiqué la formulation suivante :
« Nous vous communiquons deux formulaires de réponse au choix :
– Un questionnaire 1 élaboré par la mission ;
– Un questionnaire 2 construit par l’IA ».
Donc comme tout le monde, nous regardons les propositions de questions issues de l’intelligence artificielle comme par exemple :
- Quels actes ou procédures des champs jeunesse, sport ou vie associative vous semblent : peu utiles ou redondants dans la mise en œuvre des politiques publiques (Exemples : avis, déclarations, contrôles, etc.) ;
- Quelles normes (cahiers des charges, procédures, etc.) pourraient être :
– simplifiées (ex. : passage d’une autorisation à une déclaration) ? ;
– supprimées (ex. : avis non opérationnels) ? - Hypothèses de « transfert » de compétences :
– Quels transferts de compétences vers d’autres acteurs (fédérations, collectivités, branches professionnelles) pourraient être envisagés pour améliorer l’efficacité de l’action publique ?
Au-delà des questions qui sont finalement les mêmes depuis des mois, nous alertons sur l’intégration de l’IA comme prise de décision dans le cadre d’une réforme de l’Etat. Nous ne voulons ni de Musk et de sa DOGE, ni de son disciple Français Kasbarian ! A l’inverse, nous voulons être considéré.es comme des agent-es du service public.
« Jamais ceux qui pensent ne doivent oublier que les ennemis de la pensée sont en même temps par la force des choses, par la logique de la situation, les ennemis de toute liberté », Elisée Reclus.
Réfléchir aujourd’hui à une réforme de l’Etat à l’aide de questions relativement banales et assurément libérales, c’est tout simplement un mépris gigantesque, un véritable foutage de gueule pour les agents qui s’impliquent dans les politiques publiques (que l’IA demandera de supprimer) !
Surtout, ce type de formulaire, c’est faire le choix de ne plus se questionner, de ne pas reconnaître la sensibilité (dans son sens premier) de nos actions et de nos missions, c’est assumer qu’aujourd’hui la qualité n’est plus le but recherché. Peut-être que l’Administration parlera de maladresse ou peut-être qu’elle assumera ce choix. En tous cas, cela nous questionne grandement sur ce que cela dit de notre administration, du pouvoir d’agir et d’agentivité des personnels en charge de la représenter, et ce faisant des représentant.e de l’Etat.
Dans une forme de mansuétude, nous n’évoquerons pas le questionnaire élaboré par la mission qui n’est autre qu’un tableau.
« Notre paix future ne doit pas naître de la domination indiscutée des uns et de l’asservissement sans espoir des autres, mais de la bonne et franche égalité entre compagnons » Elisée Reclus.
L’utilisation de l’IA dans une telle situation questionne aussi car c’est participer à nourrir la « bête », le tout en détruisant la planète. Dans un moment où sont valorisés les « Services Civiques Ecologiques », où on demande aux agent-es de « participer à la transition écologique », de « mettre en œuvre des actions de transition écologique », il apparaît cocasse pour ne pas dire indélicat que de se réjouir de l’utilisation de l’IA pour détricoter encore plus Jeunesse et Sports, c’est affligeant.
Il y a quelques semaines, l’Agence de la transition écologique (Ademe), que certain.es veulent détruire malgré son importante nécessité, mettait en garde le fait qu’il fallait piloter « avec sobriété » et choisir « le juste niveau de technologie au service d’un besoin réel ». Pour rappel, l’utilisation de l’IA utilise et abîme quasiment exclusivement de « l’eau bleue » c’est-à-dire extraite des rivières, des lacs ou des nappes phréatiques, qui est directement accessible mais dont la disponibilité est souvent plus limitée. Nous en profitons pour rappeler que chaque recherche sur l’IA c’est plusieurs centilitres d’eau qui d’une certaine manière s’évapore.
Réduire l’utilisation c’est aussi un enjeu de souveraineté environnementale et agricole que d’arrêter d’utiliser l’IA pour tout et n’importe quoi, reprendre le temps de prendre le temps pour raisonner et construire des réponses solides aux questions que l’on se pose ! Utilisons l’eau pour de bonnes et nécessaires raisons.
Sans transition, nous alertons également sur un sujet d’importance capitale pour le secteur JS : la gestion des violences sexistes et sexuelles. Nous condamnons aujourd’hui, l’écart faramineux entre les paroles et les actes. Alors que c’est une obligation légale, l’administration faillit à sa mission de protection en matière de santé et sécurité des personnel.les et des usager.es dans de trop nombreux services. Et pire, l’administration continue à protéger des agresseurs-harceleurs et le maintien de climat sexiste et masculiniste. Il est urgent que l’administration renforce les moyens financiers et humains dans la lutte contre les violence sexistes et sexuelles et mette en place une véritable protection des victimes et de ses personnel.les.
Enfin, nous tenons à rappeler que l’administration doit mettre fin aux pratiques d’encadrement managériales toxiques et cesser de protéger les directeurs maltraitants. Au CREPS de Bordeaux, malgré les alertes syndicales, malgré les nombreuses réunions, la Direction des Sports maintient un directeur en place en grande difficulté et lance un “diagnostic RPS” dont les résultats sont attendus en juin 2026 (soit 6 mois après l’alerte Danger Grave et Imminent signée par la CFDT-CGT-Solidaires). Ces pratiques sont d’une autre époque. L’administration doit agir en urgence pour protéger la santé des agent.e.s !
« Now, I’m no botanist, but I do know that if you put water on plants, they grow » / « Je ne suis pas botaniste, mais je sais que si on arrose les plantes, elles poussent »
Idiocracy, Joe Bauers.

